Naître Femme

« Maman, pourquoi le masculin remporte toujours sur le féminin ? », me demande ma fille âgée de huit ans. Et moi, de lui répondre : « Oh ma chérie, c'est une vieille règle de grand-mère ! »


Je me souviens, enfant, de la joie que j'éprouvais à l'idée d'être une femme. C'est beau une femme ! J'avais l'impression que chaque femme détenait le secret de la Vie. Un jour, je sentirai grandir en moi un être nouveau, partageant la plus grand communion qui soit, dans l'ultime intimité humaine, cela me fascinait ! Je porterai la vie tel un pouvoir magique accordé aux femmes. Je sentais la force et la confiance que la Vie m'octroyait et je voulais en être digne, du plus profond de mon être. Puis, j'ai grandi ...

L'espoir de ma famille méditerranéenne reposait en premier lieu sur les garçons. J'étais d'ailleurs la seule fille. Pour susciter le même intérêt, je devais en faire bien plus. Un jour, en catéchisme, je compris que bien plus que ma famille, des croyances fondamentales s'érigeaient contre ma fierté de jeune femme. Et personne ne disait mot ! On nous raconta que pour offrir compagnie à Adam, après le animaux, Dieu décida de créer une femme. Puis, à cause de cette femme, pauvre côte d'homme recyclée, l'humanité fut condamnée à une vie de péchés et de souffrances. Tentatrice ignorante, la Femme devra par la suite être contrôlée, un minimum écoutée, voire bâillonnée ou voilée... Mais on ne pouvait pas pour autant nier sa qualité de ventre, alors elle fut aussi envisagée sous les traits d'une vierge, lavée de tout soupçon, bien que condamnée à la terrible épreuve de l'accouchement. Ainsi, même son "pouvoir divin" s'en trouvait limité. Et bien, cette histoire me mis un sacré coup au moral ! D'un coup d'un seul, je me suis dit que finalement, ce n'était pas si évident d'être une femme ...

J'ai alors observé les femmes autour de moi, leur jeu de séductrices mêlé au statut de régente mère régnant de plein pouvoir sur le foyer. Rares étaient celles qui avaient un métier, hormis une grande tante, de toujours célibataire. Puis il y eu celle qui prenait de bon cœur, tel un brave soldat, toutes les charges de la vie : un travail, un mari, une maison, des enfants et des critiques. Leur point commun : je les ai toutes vu travailler dur, de l'aube au coucher, nettoyer, cuisiner, laver, éduquer, se maquiller, repasser, fatiguées. Les hommes du foyer glissaient les pieds sous la table et inspectaient les travaux finis. Certains étaient plus agréables que d'autres, mais finalement qu'importe ! Les femmes avaient à peine le temps de les écouter et plus du tout l'énergie de leur répondre. C'était comme si elles ignoraient leur condition ou tout simplement l'acceptaient, la colère au ventre, jetant de ça et là un œil glacé sur leur moitié ou sur un enfant, comme pour prouver qu'elles étaient encore vivantes. Je tentais de me distinguer de par ma pertinence intellectuelle et mon travail scolaire, mais j'avais l'intime conviction, qu'au fond, personne n'y croyait … J'ai alors passé la première partie de ma vie à chercher à être une femme, entre objet de désir et tâches ménagères, tout en y apportant la nouveauté de mon époque : des responsabilités professionnelles. Pour garder un homme, on m'avait enseigné deux possibilités : satisfaire son ventre ou son bas ventre. Et moi, j'avais sacrément envie d'avoir un homme à mes côtés ! Mais en poussant cette pratique à son paroxysme, avec le temps, je n'ai plus du tout eu envie ...

Je remercie toutes celles qui ont lutté corps et âme pour faire avancer la condition des femmes mais je ne me sens pas pour autant féministe. Je ne cherche pas une sorte d'égalité en tous points entre hommes et femmes bien que je revendique les mêmes droits d'exister. Je me sens femme, bien différente d'un homme et je n'ai aucune envie d'être comparée ou de faire comme un homme. Je sens que je suis cyclique, en perpétuelle transformation, dans le mouvement de la vie qui m'enrichit de multiples rencontres opportunes. J'ai envie d'échanges et de complémentarités, de partages et de communions. Je sens que je suis faite pour accueillir, dans mon corps et dans mon cœur, sans outre besoin de conquêtes. Je suis comme attirée par ce que je ne suis pas et émerveillée par ce que je peux être. Je vois la différence comme une force et non comme une faiblesse, cherchant à faire avec plutôt qu'à lutter contre. Quoi qu'il en soit, j'aspire à la paix, parce que j'aime fondamentalement la masculinité, tout autant que le féminin, mais de manière différente. Je souhaite l'accord qui donne vie et non la séparation qui la détruit. Comme beaucoup, je m'interroge sur ma juste place dans ce monde, sur la manière dont je pourrais affirmer ma féminité, ni immaculée, ni dépravée. Je me demande aussi ce que j'attends d'un homme. Je souhaite offrir au monde, à mon homme et à mes enfants, mes forces et mes faiblesses, mes atouts et mes imperfections. Je veux être libre d'être une femme qui s'aime et se respecte pour ce qu'elle est, dans sa pleine originalité, ses envies et ses projets, tout autant que je souhaite être aimée et respectée pour ce que je suis vraiment, au delà de mon sexe, de mes origines ou de mes sentiments.


Je crois qu'en premier lieu, le pardon est nécessaire, surtout envers celles qui n'ont pas pu faire autrement et ont perpétué malgré elles, l'injustice fondamentale. Je pense à nos mères, nos grands-mères et bien d'autres femmes sacrifiées. L'époque a changé, nous pouvons aujourd'hui envisager une véritable mutation des consciences, en se rappelant, chacun autant que nous sommes, femmes et hommes confondus, qu'une part féminine en nous a trop longtemps été malmenée ... Redonnons lui ses lettres de noblesse.

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